Spectacle

TANIT THEATRE

Sans vouloir verser dans la commémoration facile, je me rappelle qu’il y a dix ans la compagnie prenait possession du lieu renommé depuis La Filature.


theatre_lisieux_facade.jpgAttachés à l’expression contemporaine, nous avons avec ténacité, voire opiniâtreté, défendu dans ce même lieu les projets les plus engagés, d’autres fois les plus fous, quelques fois en « work in progress » d’autres fois scandaleusement subversifs ; mais « toute création suppose un scandale.

Puisque celui-ci dérange l’ordre établi, les habitudes visuelles, la continuité rassurante de la tradition… il provoque, importune, choque, suscite des ruptures, mais incite aussi à se poser des questions ; il stimule la création, la renouvelle, ouvre les voies de l’avenir ».

Et c’est bien dans cet endroit unique de fabrication que nous vous invitions à venir partager nos curiosités. Il y a dix ans donc, sur des murs encore écaillés, nous exposions le peintre Sergio Iglesias, nous mettions en espace un formidable texte de Daniel Danis le chaman, et recevions les premières compagnies aux projets si particuliers. Depuis les entreprises voisines ont déserté les lieux. Ce que l’on nommait friche est devenu ghetto.

Et bien que la fréquentation n’ait jamais faibli, au contraire, (spectateurs militants et artistes engagés), c’est avec soulagement que nous accueillons en ce début de saison le chantier de réhabilitation du site ; et c’est pour donner sens à cette nouvelle histoire que Sergio Iglesias revient en ce milieu d’octobre s’accrocher à nos murs, et que sera créé cet hiver Le Chant du Dire-Dire de Daniel Danis ; aux cimaises se succèderopt les peintres Jérôme Françoiset-Ghristophe Robe ; sur le plateau les auteurs Jean-Pierre Siméon, Grisélidis Real et Sarah Kane, François Bon, Emmanuel Darley et Andrzej Stasiuk, les musiciens David Sauzay, Pierre Christophe et Roy Altreigh. Le tout ponctué des repas pris en commun pour permettre de poursuivre la rencontre plus avant dans la nuit.

La compagnie ouvre la filature pour de longues durées aux artistes dont le projet nécessite ce temps de mise en œuvre et démonstration au public et aux programmateurs. Cette année, ce ne sont pas moins de trois équipes qui seront accueillies dans le lieu malgré tout petit et loin d’être extensible.

Alors il faut apprendre à se pousser un peu et puis à partager ; mais n’est-ce pas là tout le sens de notre art ? « Nul ne possède assez d’ubiquité pour être seul son contemporain souverain ». René Char

Eric Louviot